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Une pensée économique oubliée : le Colbertisme

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Une pensée économique oubliée : le Colbertisme

Message par Merl1 le Dim 16 Mar - 10:58


L’idéologie économique est désormais largement dominée par les néo-classiques, les monétaristes ou encore les keynésianistes. Ce même Keynes qui attachait une importance non négligeable à l’histoire de la pensée économique, et dont les enseignements premiers sont peut-être oubliés aux profits de ses modèles mathématiques. La première idéologie économique fut le mercantilisme, née au XVIe siècle, elle donna naissance à plusieurs courants dérivés dont le colbertisme fait partie ; Colbert apportera l’ordre, la rigueur et une touche d’impérialisme. Ici, nous allons brièvement exposer les tenants de cette politique, et voir dans quelle mesure elle pourrait trouver un sens dans l’économie contemporaine.

Les fondements du colbertisme

Jean-Baptiste Colbert, contrôleur des finances de l’Etat sous Louis XIV, très consciencieux, juge la gestion des dépenses du royaume plus que hasardeuse. Il va alors, non pas inventer un courant de pensée, mais va plutôt proposer une doctrine de gestion des finances publiques et du rôle de l’Etat dans l’économie. Elle va apporter des solutions dans la gestion interne de la France, mais surtout sur la politique extérieure du commerce français de l’époque. Colbert n’aura qu’un but, maximiser la quantité d’or dans le coffre du roi. Lui chercher des traits de philanthropisme serait vain.

Le colbertisme se base cependant sur quelques axiomes qui définiront une politique commerciale optimale. En premier lieu, le but à atteindre est de maximiser la quantité d’argent en France. Sous le sens de Colbert, là n’est pas le but d’enrichir la population, mais bien l’État et par extension le roi. Pour ce faire, l’or figurant à cette époque comme devise mondiale, il fallait alors accumuler le plus d’or dans les caisses de l’Etat. Le second socle est la vision d’une économie mondiale statique, c’est-à-dire que les richesses ne peuvent pas se créer d’elles-mêmes. À cette époque, naviguent en Europe près de 20 000 vaisseaux marchands et il est supposé que l’on ne pourrait pas accroître ce nombre utilement. Pourquoi ce raisonnement ? Car à cette époque, la démographie est plutôt stagnante, et donc la consommation tout autant. Ainsi, supposant que le total des flux commerciaux est fixe, la seule façon de gagner plus est de voler à l’autre. C’est le second axiome du colbertisme : nul ne se créé, tout se garde, se prend ou se perd.

Sur la base du premier fondement, celui de l’accumulation de richesses monétaires dans le territoire. Il est clair que l’objectif va être de faire sortir un minimum de liquidités de France, et ainsi Colbert va faire interdire le transport d’argent dans les bateaux au port de Marseille sous risque de peine de mort. Il vaut mieux investir l’argent gagné sur les exportations dans de nouvelles manufactures plutôt que d’investir à l’étranger, en dehors de tout contrôle de l’État.

Colbert va donc élargir son modèle vers un protectionnisme dirigiste, et alors puisque tout n’est pas disponible en France, il faut importer les matières premières. Le raisonnement est alors de charger en taxe les produits manufacturés importés, et de décharger les matières premières et produits de base. Bien sûr, aucun droit n’est imposé aux sorties de produits manufacturés.

La problématique revient alors à maximiser les exportations de biens manufacturés tout en minimisant l’importation de biens de même type, et moindrement celle des matières premières. Il faut donc des produits de qualités et une industrie efficace, et Colbert préférera largement les produits manufacturés aux produits agricoles. Pour ce faire, il va lancer l’État à la direction et à la surveillance de l’économie. C’est une véritable prise en mains par les officiers de l’industrie. Il incite d’ailleurs les fonctionnaires à y investir. Il va installer une surveillance accrue dans tous les secteurs cruciaux et consultera fréquemment les marchands pour maîtriser cette relance. Et ce si bien que l’on considère que la grande industrie française au XVIIe siècle ne sera qu’un fait d’État, on verra le triomphe de la première version du planisme qui échouera ensuite sous le communisme. Et désormais, il est commun de se dire que l’État ne doit pas jouer dans la cour des entreprises en vertu de l’échec russe, rappelons-nous qu’il ne fut pas de même sous Colbert.

D’un autre côté, sur le plan intérieur, Colbert veut amener une paix durable dans une optique de commerce. La France encore sérieusement divisée par provinces et contrainte à des droits de douanes internes causés par la noblesse locale et les hauts officiers, ne plait guère au bourgeois. Il va alors chercher à supprimer des privilèges, sans grands succès. Cependant, grâce à une administration centralisée et de puissants fonctionnaires, le nombre de péages internes diminueront significativement.

Autrement, encore en politique intérieure, dans son optique de conservation de la richesse, il suggère bien-sûr à toutes les fabriques et à l’État d’acheter uniquement, même en dépit d’une qualité moindre, des produits français. En ce sens et pour éviter un repli, il faut convaincre les Etats voisins d’importer français ; pour ce faire, il faut soit avoir des produits peu chers, soit des produits de qualité exceptionnelle. Colbert choisira simultanément les deux voies, puisque c’est à cette époque que le luxe français va clairement se développer, et conquérir le monde. Et de l’autre côté, le contrôleur des finances va aussi autoriser les manufactures à baisser leurs prix, et donc leurs coûts de production, de façon à gagner en compétitivité face aux États voisins.

Quels résultats de cette politique ?

Cette doctrine vise à la guerre commerciale, aussi simplement que cela. Et la France n’a jamais autant fait la guerre qu’à ce temps, Louis le Grand par le fer, et Colbert par l’or. La politique de Colbert vise à piller les pays voisins en n’usant que de législation interne. Cela a fonctionné un temps, mais cette politique appelle à la provocation, qui elle-même appelle à la guerre. Elle ne tarda à pas arriver, et ce qui devait être une victoire fut une défaite.

Quelle transposition possible dans l’économie contemporaine ?

Mener une politique colbertiste aujourd’hui en France peut se faire par deux chemins, soit en sortant de la zone Euro et de nombres d’instances européennes, soit en contraignant l’Europe à se protéger. La seconde solution n’est ni politiquement viable, ni économiquement, et ce si bien que les grecs sont loin d’avoir les moyens de mener une telle politique. Il faut donc quitter l’UE.

Déclarer une guerre commerciale au reste du monde, nulle crainte nécessaire, la guerre a commencé depuis bien longtemps. En effet, le Japon, la Chine et les États-Unis se la livrent déjà, et l’Europe la subit en silence. La Japon, à travers sa politique de dévaluation et d’injection monétaire, force la baisse du cours de sa devise pour améliorer ses exportations. Face à cela, la Réserve fédérale fait la même chose et achète même du Yen pour limiter la politique du Japon. D’un autre côté, la Chine contraint ses entreprises exportatrices à convertir leurs dollars gagnés en Yuan pour éviter la fuite d’investissement à l’étranger, et en même temps fait pression à la baisse sur le taux de change. La Suisse aussi force la politique monétaire à son avantage. Culpabiliser de casser le prétendu « libre-échange » mondial en se lançant dans une réforme colbertiste reste un sentiment très naïf et peu éclairé.

Comment s’y prendre concrètement ?

Sur le plan extérieur, cela passerait nécessairement par une protection aux frontières, des droits lourds pour les produits manufacturés disponibles – ou potentiellement – en France, et des droits allégés pour les matières premières et les produits de base. L’importation n’est pas la panacée du colbertisme, et alors un effort de recherche dans l’extraction du pétrole et du gaz de schiste serait aussi nécessaire pour briser la dépendance.

Bien-sûr, cela est aussi vrai pour les flux de capitaux, l’entrée en serait favorisée, mais pas la sortie. Si bien que l’on contraindrait sérieusement les délocalisations. Les flux financiers quels qu’ils soient devraient être sujets à contrôle. Les fuites d’argent dans les paradis, et autres techniques d’optimisation devraient se voir elles aussi fort contraintes. L’État doit devenir un agent de l’économie, et même le maître pour être plus précis. Les axes de développement stratégiques des grandes entreprises devraient alors être donnés par l’État qui lui-même surveillerait constamment ces dernières. Le but n’est pas de « fliquer » le monde entrepreneurial, mais plutôt de s’assurer qu’il ne s’égare pas, et les exemples ne manquent pas pour nous donner raison – PSA, Mittal, etc. Et ce même Mittal, du haut de sa richesse, depuis ses frasques, n’aurait pas fait trois mois avant l’échafaud sous Colbert.

D’un point de vue interne, l’État doit amener la paix intérieure dans le pays, améliorer l’accès à l’emploi, d’une part grâce à une meilleure information, et d’autre part avec une flexibilité accrue sur le marché du travail. Il faut tout faire pour favoriser une économie patriote, cela passe évidemment par une préférence nationale, mais pas seulement dans les mots ; il faut agir de la même façon que Colbert, même à qualité légèrement inférieure, il faut privilégier les commandes nationales.

Colbert fustigeait la hausse des budgets de l’armement, mais l’histoire lui donna tort. La guerre commerciale suggérée par le colbertisme aboutit, en dernier lieu, à la guerre tout court. Le mercantilisme limite les échanges mondiaux, fait primer individuellement les nations, plutôt que l’ensemble, et dans ce paradigme il devient plus intéressant d’étendre son territoire que de chercher à commercer d’avantage. La guerre serait donc un scénario très envisageable, et en ce sens, pour chercher le colbertisme, il faudra avant tout sortir du nihilisme passif dans lequel l’Europe s’est enfermée depuis quelques décennies. Réarmer deviendrait alors une priorité.

Comment conclure sur ce modèle ? La tâche est rude, il appelle autant la croissance que la guerre. Mais aujourd’hui, le modèle libéral de libre-échange conduit la France vers le chemin de la paupérisation. La pauvreté garantit-elle la paix ? Certainement pas, et elle appelle d’avantage la guerre civile. Ce n’est qu’un arbitrage risqué, et aucune force politique majeure en présence n’est en mesure de réaliser pleinement cet arbitrage.

http://www.lebreviairedespatriotes.fr/25/01/2013/histoire/une-pensee-economique-oubliee-le-colbertisme/
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