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La fin du judaïsme français? Quelques réflexions sur la condition juive en France et en Europe

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La fin du judaïsme français? Quelques réflexions sur la condition juive en France et en Europe

Message par juste le Ven 6 Déc - 14:45

La question est plus que jamais d’actualité

"Pour beaucoup, la reconnaissance, certes tardive, sous l’impulsion de Jacques Chirac, de la responsabilité de l’Etat français dans la déportation des Juifs durant la Second Guerre mondiale, a semblé marquer le point culminant d’un demi-siècle de relatif philosémitisme animant la société française. Toutefois, ce même président sera celui qui accusera par lâcheté et opportunisme politique l’Etat des Juifs d’avoir pour seule politique envers les Arabes « le meurtre d’enfants ».

S’agissait-il alors d’un stratagème honteux d’aveu factice d’une responsabilité bien réelle envers les victimes juives du passé, qui serait destiné à masquer l’anathème éhonté envers les Juifs du présent? Ou bien doit-on y voir là une ambiguïté symptomatique du franco-judaïsme et lourde de conséquences quant à l’avenir des Juifs en France?

Le judaïsme est pluriel: il ne se réduit ni à un slogan, ni à une doctrine, ni à une solidarité, et, bien sûr, correspond encore moins à ce que tous ceux qui haïssent croient comprendre du judaïsme.

Il est une religion, mais on peut être juif athée non pratiquant. Il a su survivre sans un Etat juif, mais Jérusalem (mais aussi Safed, Hébron) est restée dans la culture juive la lumière de l’exil. Le judaïsme n’est pas une communauté, il ne se discerne dans aucune solidarité ethnique ni aucun réflexe endogamique.

En aucun cas le judaïsme est ce que définit l’oeil de l’antisémite, comme le pensait Sartre, pas plus qu’il n’est animé de haine comme le pensait Spinoza. Il est un « fait », comme l’a conceptualisé Shmuel Trigano, une réalité dont on peut dire qu’elle se définit prioritairement, à notre sens, par un sentiment d’appartenance, qu’il soit induit par une filiation matrilinéaire, par la pratique, par l’histoire familiale, ou plus simplement par le sens du commun, le partage d’une identité commune.

Le judaïsme est l’ensemble de ces dimensions qui font sens par-delà la pluralité en direction d’une continuité et d’une unité, aussi éloignée soit-elle d’une unanimité, et qui demeure vivace en raison de plusieurs facteurs permanents dans l’histoire: le rapport au Texte par excellence, le Tanah, une culture de la transmission conformément à la mitsva invitant à enseigner ce que l’on a appris, et enfin l’historicité du peuple juif dans sa relation fondatrice avec la terre promise.

À cet essai d’approche du judaïsme dont on mesure la complexité et la profondeur, s’opposent de façon flagrante les mantras médiatiques imposant une vision non seulement partielle ou incomplète du judaïsme. Nous sommes témoins d’une vision du « fait juif » entièrement revue à l’aune des agendas politiques contemporains sur fond d’archétypes judéophobiques. Les théories les plus délirantes ont encore droit de cité de nos jours: conspiration, mainmise financière,…

Ces inepties semblent d’autant plus anachroniques qu’elles ont cours dans un monde européen en déclin s’accrochant à sa croyance pathologique dans une supériorité culturelle, alors que les centres décisionnels du monde sont déjà passés hors de son champ d’action. L’Europe révèle également son rejet de l’altérité qui se manifeste dans une exclusion symbolique croissante du judaïsme (interdiction de la brit mila, entrave à la pratique de la kashrut) mais aussi spatiale (stigmatisation des Juifs habitant au-delà de la « ligne verte »), alors même que la culture européenne se voit rejetée en marge et conspuée par une culture allochtone, l’islam érigé en norme absolue.

Il est ainsi symptomatique que la culture européenne intègre dans son discours le thème de la centralité mondiale du conflit israélo-arabe, masquant en réalité son impact symbolique, à savoir l’humiliation arabe de la défaite infligée par une minorité que la religion islamique avilit dès sa fondation.

L’omniprésence de la question juive en France obéit à une structure similaire: l’invention du « repli communautaire » juif projette les impasses d’une intégration impossible de minorités ethniques anti-occidentales massives. Les Juifs sont alors rendus responsables de l’échec de la médiation impossible entre l’Etat et ces nouveaux immigrants qui refusent, à la différence des immigrants juifs, toute assimilation dans le creuset républicain. La faillite de l’Etat est alors consacrée par le mensonge de « tensions intercommunautaires » dont les Juifs auraient la clé.

Or, les exemples (affaire Merah…) ne manquent pas où des dirigeants communautaires juifs ont participé à la mise en scène de cette médiation fallacieuse, endossant ce rôle funeste, imposé par un Etat en faillite morale et économique. Si le monde politique ou médiatique diffuse à longueur de temps une conception frelatée du monde juif, influant la vision de la majorité silencieuse à l’égard de leurs concitoyens juifs, il n’en reste pas moins que les parnassim (dirigeants communautaires) d’aujourd’hui n’ont pas su ou voulu répondre au défi qui se présentent à eux.

L’histoire du judaïsme français est aussi ancienne que l’histoire de France: les linguistes de l’ancien français en fournissent la preuve! C’est en s’appuyant sur les commentaires de Rachi de Troyes qu’ils peuvent déterminer la prononciation de l’ancien français. L’histoire des Juifs en France est aussi une histoire de discriminations, ponctuées de périodes de persécutions.

Rappelons qu’à la veille de la Révolution française, entre les Sépharades bordelais et les Achkénazes alsaciens, il n’y a aucune « communauté juive », pure création de l’Etat centralisateur français (création par Napoléon du Sanhédrin et des consistoires). Rappelons que les Juifs achkénazes de l’Est de la France vivaient dans des conditions misérables, en ghetto, soumis à taxations et restrictions (interdiction de vivre à Strasbourg par exemple, péages corporels, taxes de résidence, impôts spécifiques) avec un nombre de professions limitées (usure, colportage, fourniture des armées).

Par conséquent, l’émancipation juive n’est pas un privilège que l’Etat français aurait accordé indûment à une partie de la population. Il n’est que l’application lente et difficile tout au long du XIXe siècle des principes mêmes d’égalité revendiqués par la Révolution. L’affaire Dreyfus ou encore Vichy rappelleront à leur tour la précarité de ces « acquis ». Et souvenons-nous enfin que Napoléon avait conditionné le maintien d’une citoyenneté des Juifs qu’en contrepartie d’une soumission complète et irréversible à la loi civile, ce qui n’a jamais été demandé aux populations récemment immigrées.


Les élites juives ont toutefois cherché à la fois à franchir le mur de verre qui leur était imposé et beaucoup ont illustré les principes de la méritocratie républicaine au service de l’Etat seul. Beaucoup ont aussi privilégié l’assimilation, que ce soit par la conversion, ou par l’adoption d’une compréhension fausse du judaïsme. Ce sont ces mêmes élites qui se retrouveront en 1942 raflés avec les Juifs polonais au Vel d’Hiv. Tragique paradoxe de ces hommes dont la fidélité républicaine sans faille sera trahie par ceux-mêmes qu’ils défendaient!

Le sionisme tardif des élites juives françaises, auquel s’oppose radicalement la popularité immédiate des boîtes de collecte du KKL parmi les Juifs moins aisés, provient de la crainte de voir les acquis de l’émancipation mis en question. Elles craignaient également de donner raison, notamment dans les années 1930, à l’extrême droite et à sa théorie de la double allégeance qui visait à exclure les Juifs du corps national.

Or, c’est ce même postulat que l’on retrouve dans la complaisance des dirigeants d’aujourd’hui à l’égard des hommes politiques: discours ronflants non suivis d’actes, réécriture de l’histoire (notamment des discriminations musulmanes nord-africaines), voire même stigmatisation d’une communauté de nom. Fait également nouveau, les alterjuifs ont aujourd’hui la priorité, car ils permettent de jouer le rôle convenu: 1-encourager la perception d’un discours communautaire (tel que le phénomène médiatique Hessel qui justifiait ses propos judéophobes au nom de sa judéité: « en tant que juif, je dénonce les juifs »…), 2-agir comme agent coordinateur des politiques en place en fournissant une caution d’apparence communautaire.

Toutefois, tout espoir n’est pas perdu! Le paradoxe le plus parlant est celui de l’Alliance Israëlite Universelle, fondée sur le modèle assimilateur français, qui, ainsi que l’a montré Michael Graetz, a eu pour effet, parmi les communautés sépharades, non pas de promouvoir la vision laïcisante et assimilatrice française, mais de donner les moyens d’une prise de conscience de la spécificité politique juive. En quelque sorte, l’assimilation française sera le terreau futur du sionisme comme réponse politique juive.

Néanmoins, le modèle d’une fidélité aux promesses creuses de l’Etat perdure encore globalement, même si la cause commune contre l’extrême-droite n’apparaît plus aujourd’hui que comme le paravent d’une judéophobie décomplexée et vécue par beaucoup au quotidien.

Albert Memmi n’a eu de cesse de rappeler que la condition coloniale est le fait d’intégrer l’infériorité supposée de la culture dominée dans le discours du dominé: la reconstruction mentale et collective de l’histoire juive obéit aujourd’hui à une humiliation symbolique, à la reprise de la condition de dhimmi comme voie illusoire d’apaisement entre la société majoritaire passive et les minorités agressives aux revendications communautaristes. S’il est vrai qu’il n’est pas aisé de trouver un juste positionnement public en raison des pressions politiques, il n’en demeure pas moins que l’émancipation juive n’a pas totalement abouti: l’égalité voulue par les révolutionnaires est restée bien trop souvent de nom.

Face au suprématisme musulman qui s’oppose à l’universalisme européen cosmopolite, le judaïsme se retrouve à nouveau dans la situation d’un particularisme auquel d’aucuns reprochent qu’il ne serait pas en mesure de réconcilier les inconciliables, et qu’à ce titre, il serait mis face à une alternative qui était le coeur même du projet d’assimilation: le déni identitaire (qui aurait pour finalité de sauver la communauté nationale de son délitement) ou l’exclusion (ce qui revient à endosser la responsabilité de ce délitement).

En cherchant à effacer la judéité de l’espace public, le monde européen a déjà posé les termes du débat. La république a déjà sacrifié ses citoyens juifs au nom d’une improbable paix publique; la situation en France reflèterait-elle alors la mise en question d’une survie d’un judaïsme européen, voire même au-delà l’acceptation même d’une culture juive nationale qui ne soit pas réduite à un folklore ou un musée? La question est plus que jamais d’actualité."

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Re: La fin du judaïsme français? Quelques réflexions sur la condition juive en France et en Europe

Message par pozor le Ven 6 Déc - 14:55

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